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La pensée activée

La pensée activée

Être éveillé, c'est sortir du rêve! La véritable spiritualité se vit!


Il n’y a pas de spiritualité sans partage

Publié par Pascal Cadart sur 23 Janvier 2013, 15:19pm

Catégories : #Témoignages


Michael Lonsdale et Frédéric Lenoir croisent leurs points de vue sur la spiritualité et la religion.

Rencontre entre l'acteur Michael Lonsdale et le philosophe Frédéric Lenoir
Par Dalila Kerchouche (Figaro Madame du 26.12.2012)

À l’ère de l’individualisme forcené, la quête spirituelle interpelle plus que jamais. Dialogue inspirant entre deux hommes éclairés : le premier, acteur consacré, met en scène une pièce sur la vie de sœur Emmanuelle. Le second, philosophe des spiritualités, est directeur du Monde des religions.

 

Madame Figaro :

- Michael Lonsdale, la pièce que vous avez mise en scène sur la vie de sœur Emmanuelle fait salle comble. Qu’est-ce qui rend cette icône si actuelle ? 

Michael Lonsdale. – Son tempérament sacrément culotté. Elle alpaguait les clients dans les restaurants chic. « Je viens vous piquer un peu de fric », disait-elle. Elle fonçait, n’avait aucun tabou, tutoyait tout le monde. Sa vie est un témoignage de liberté.

 

Frédéric Lenoir. – C’était une sœur rock’n’roll ! Elle séduisait aussi parce qu’elle vivait ce qu’elle disait. En matière de spiritualité, nous sommes saturés de discours creux et hypocrites.

 

La spiritualité devient parfois un mot-valise dont on sort ce qui nous arrange. Quel sens y mettez-vous ?

M. L. – Comme sœur Emmanuelle, je préfère nommer cela « amour ». Dieu n’est ni dans le ciel ni dans les nuages. Être croyant, c’est aimer Dieu en soi, qui est là, présent par son esprit, en chacun de nous.

 

F. L. – La spiritualité dépasse le clivage entre croyants et athées. Elle englobe tout ce qui améliore l’être humain : la bonté, la générosité, la capacité à se connaître, le désir de grandir, d’être vrai, d’être juste. Une phrase du dalaï-lama le résume bien. À la question « Quelle est la meilleure spiritualité ? », il répond : « Celle qui vous rend meilleur. »

 

Notre époque a soif de sacré. Est ce pour sortir de l’ ici et maintenant , se déconnecter, ralentir ?

M.L. – Il est vrai que la foi m’enseigne la patience et apaise mes tensions intérieures. Mais le temps m’importe peu. Je peux prier n’importe où et n’importe quand. Dans la rue, dans le métro... L’esprit de Dieu se manifeste aussi sans prévenir, par des rencontres heureuses, des situations qui s’éclaircissent. J’aime beaucoup cette phrase d’Einstein : « Le hasard, c’est quand Dieu voyage incognito. »

 

F. L. – Je rejoins Michael. Selon moi, si la prière est un élan permanent, une ouverture du cœur à Dieu, aux autres, à l’univers, la méditation, elle, structure le temps. Depuis trente ans, je médite chaque matin dans ma chambre, en position du lotus, avec une bougie et de l’encens. Je fais silence, je laisse défiler les pensées parasites. Le but n’est pas uniquement de déstresser mais aussi de mettre à distance ses émotions, d’oxygéner son esprit, d’agrandir son espace intérieur.

 

Comment la foi est-elle entrée dans vos vies ?

F. L. – Le questionnement spirituel est venu par la philosophie grecque. À 13 ans, j’ai lu Le Banquet, de Platon. Des questions abyssales ont surgi : « A-t-on une âme ? », « Est-elle immortelle ? » À 19 ans, j’ai lu les Évangiles et, cette fois, Dieu, qui restait pour moi très abstrait, s’est brusquement incarné dans le visage du Christ. Puis j’ai découvert le bouddhisme et j’ai fait une synthèse personnelle entre ces trois grandes sagesses.

 

M. L. – Mon chemin spirituel s’est fait cahin-caha . Au Maroc, où j’ai grandi, un ami de mes parents avait une statuette de Thérèse de Lisieux, qu’il voulait jeter. Du haut de mes 7 ans, j’ai crié : « Non ! C’est sacré. » J’ignorais le sens de ce mot ! Il m’a alors offert la statuette. Et j’ai installé un petit coin de prière dans ma chambre d’enfant. Des années plus tard, près de l’église de Notre-Dame des-Champs, à Paris, j’ai rencontré une dame aveugle. Je lui ai dit que je cherchais quelque chose de vrai, de pur. «Mon coco, c’est Dieu que tu cherches ! » m’a-t-elle répondu. Elle est devenue ma marraine spirituelle.

 

 "POUR MOI LE CORPS EST UN ALLIE"

 

Qu’est-ce que la foi a changé en vous ?

M. L. – Mon regard sur les autres. Elle m’a appris à contrôler mes élans de colère et à respecter l’être humain. Je crois que chaque personne est un trésor. Le pardon a ainsi pris une place importante dans ma vie. J’avais un père indifférent et méprisant. Longtemps je l’ai rejeté. Quelle délivrance j’ai ressentie le jour où je lui ai pardonné, où j’ai compris le sens de cette phrase énorme, capitale : « Pardonnez-vous les uns les autres. »

 

F. L. – La notion de réconciliation avec soi-même et avec les autres s’inscrit au cœur du chemin spirituel. Adolescent, je ne m’aimais pas. Comme toi, Michael, j’avais des contentieux avec mes parents. La psychothérapie m’a aidé, mais pas totalement. Pour aller jusqu’au bout du pardon qui nous élève, qui nous fait grandir et qui nous apporte une guérison intérieure, j’ai ressenti le besoin de m’appuyer sur une force supérieure, une transcendance qui nous relie. C’est plutôt une réconciliation qui engagerait l’univers tout entier.

 

« Dieu, je le respire et je le transpire », disait sœur Emmanuelle à la fin de sa vie. Quelle place pour le corps dans la relation au sacré ? Est-il un ennemi ou un allié ?

 M. L. – Sœur Emmanuelle a eu des combats terribles avec ses pulsions sensuelles ! Un jour, elle est sortie dans la rue en disant : « Je veux un homme. » Un inconnu lui a pris le bras et l’a raccompagnée chez elle en murmurant : « Rentre chez toi, mon enfant... » Pour moi, le corps est un allié, car il a permis au Christ de s’incarner pour ressentir au plus profond la détresse humaine.

 

F. L. – Le christianisme, religion de l’incarnation, ne prend pas vraiment en compte le corps. Dans l’Évangile, Jésus mange, boit, ne condamne ni les pécheurs ni les prostituées. Mais depuis saint Paul et saint Augustin, la morale chrétienne a diabolisé le corps et la sexualité. Le succès des spiritualités orientales en Occident tient en grande partie au fait qu’elles relient le corps, la psyché et l’esprit. C’est l’expérience que j’en fais quotidiennement.

 

La spiritualité relève-t-elle de l’intime ou du collectif ? Quel sens a pour vous le mot partage à l’ère de l’ego XXL et du narcissisme triomphant ?

M.L. – Je n’ai jamais aimé prier seul. Il y a vingt ans, j’ai perdu plusieurs proches, dont ma mère, en quelques mois. J’allais très mal. Mon parrain m’a alors emmené à l’église Saint-François-Xavier, à Paris, au sein du renouveau charismatique de l’ Emmanuel. Là, j’ai découvert la prière en groupe. Tout à coup des gens priaient pour moi, et je priais pour eux. Depuis, le partage est devenu une réalité tangible.

 

F .L. – J’en parle dans mon dernier livre, La Guérison du monde. L’humanité est malade de cet individualisme matérialiste qui nous sépare les uns des autres. La spiritualité se situe aux antipodes de ce narcissisme ! Dans la vie intérieure, il y a un paradoxe. Il faut à la fois aller vers soi, se connaître, s’aimer, s’estimer, renforcer l’ego, et en même temps le lâcher, ne pas être obsédé par son nombril, s’oublier. C’est la respiration de la vie spirituelle. Plus on apprend à être en vérité avec soi, plus on est relié aux autres. Pour moi, il n’y a pas de spiritualité sans partage.

 

Quelle fut votre expérience mystique la plus intense ?

M. L. – D’entendre littéralement Dieu parler à travers des êtres comme le père Ceyrac, Jean Vanier, Guy Gilbert, sœur Emmanuelle. Je ressens aussi sa présence dans l’art, la musique de Bach et de Mozart notamment. Pour moi, les artistes sont les témoins de l’invisible.

 

 

"J’ AI CONSTRUIT MA VIE SUR DES VALEURS HUMANISTES"

 

F. L. – Ma première grande rencontre avec le sacré, je l’ai vécue dans la nature, vers l’âge de 10 ans. Je marchais dans une forêt, un rayon de lumière a éclairé une clairière. Et j’ai senti un puissant amour en moi : j’étais soudain bouleversé par la beauté du monde et je sentais que j’étais une partie de ce grand tout.

« Se tourner vers les autres, c’est trouver Dieu », aimait aussi à dire sœur Emmanuelle...

 

Sortir de son confort pour aider les plus démunis : avez-vous tenté l’expérience ?

M.L. – Dans mon groupe de prière, nous accueillons des personnes en grande souffrance morale et physique. Par la prière et le toucher, je les ai vus se libérer et retrouver le sourire.

 

F. L. – À 20 ans, j’ai passé quatre mois en Inde dans une léproserie et un mouroir. Ce fut une expérience incroyable car je pensais aider les autres, et ce sont eux qui m’ont aidé. J’ai vécu des moments de communion intense avec des mourants. Je ne parlais pas leur langue, mais je les caressais, je les massais. Leurs regards de joie et de tristesse mêlées m’ont bouleversé car nous étions dans une vérité radicale de la relation. Avec eux, j’ai vécu l’essentiel. C’est pour ça que j’ai construit ma vie sur des valeurs humanistes et spirituelles. Quand on ouvre son cœur, la spiritualité abolit les frontières entre les êtres.

 

L’étymologie de « religion », c’est « relier ». Comment ce mot résonne-t-il en vous à l’approche de Noël ?

 

M. L. – Pour moi, c’est une fête de la rencontre et de la communion.

F. L. – Noël a perdu une bonne part de transcendance, mais garde ce que j’appelle la reliance horizontale : Noël reste une fête de la fraternité, et tant mieux ! Même ceux qui ne croient plus dans le message chrétien ont envie de retrouver leurs proches et parfois même de mener des actions de solidarité. À l’inverse de Sartre, je dirais que l’enfer, c’est d’être seul. Le paradis, c’est d’être relié aux autres dans une relation chaque jour plus joyeuse et généreuse.

 

 

À lire :

La Guérison du monde (éd. Fayard) et L’Âme du monde (Nil Éditions), de Frédéric Lenoir.

En chemin avec la beauté (éd. Philippe Rey), de Michael Lonsdale.

 

Avec ces deux témoins nous nous rendons compte qu'au niveau spirituel, ce n'est pas la croyance mais l'expérience qui est importante. Prier, méditer, aller à la rencontre de l'autre sont essentiels. La révélation peut se faire aussi bien dans la nature que dans un lieu de recueillement, ou bien simplement par une parole ou un contact.

Ce que nous appellons Dieu n'a pas de limites, de cadre. Ne le limitons pas!.

 

Dans le texte, c'est moi qui souligne.

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